À travers près de deux siècles d'histoire, voici un voyage au bout du courage, jalonné de combats héroïques et peuplé de personnages mythiques.
Presque un an, jour pour jour, après la publication de l'ordonnance de Louis-Philippe instituant " une
légion composée d'étrangers " avec la possibilité - qui prévaut encore aujourd'hui - de s'engager sous " une identité déclarée ", cinq bataillons étrangers sont arrivés en Algérie, en renfort des troupes françaises, soit 78 officiers et 2669 sous-officiers et légionnaires. Des Suisses, des Allemands, des Espagnols, des Sardes, des Italiens, des Belges, des Hollandais. Ce 23 mai 1832, aux portes d'El-Harrach (Maison-Carrée) après un violent affrontement avec une tribu arabe, le lieutenant Louis Châm a le triste privilège d'être le premier officier de la Légion mort au combat. D'autant qu'à leurs qualités de guerrier, les soldats ajoutent celles de bâtisseurs
" Au point que certains de leurs ouvrages sont considérés encore aujourd'hui comme des constructions historiques, tel le tunnel du Légionnaire, à Foum Zabel, au Maroc ", ou comme la chaussée de la Légion, route reliant Douera à Boufarik, surélevée à 2 mètres au-dessus d'une zone marécageuse.
Cette première Légion, qui forge sa réputation en Algérie, n'a pas le temps de s'y enraciner. En 1835, une guerre de succession en Espagne contraint la France, liée par un traité d'assistance, à céder ses régiments étrangers en leur retirant drapeau et cocarde tricolores. Désormais, c'est de Sidi Bel-Abbès via Oran que la Légion s'embarquera pour les nombreuses campagnes qui jalonnent son histoire. La Crimée, contre les Russes, de 1854 à 1856, l'Italie, contre les Autrichiens, en 1859. Et le Mexique où, le 30 avril 1863, se déroule la bataille de Camerone commémorée chaque année par toutes les unités de la Légion. Soixante-deux légionnaires et leurs trois officiers retranchés dans une hacienda en ruines face à 2000 Mexicains. Encerclés, à court de munitions, refusant de se rendre, les trois officiers vont mourir, l'un après l'autre. Danjou, 35 ans, le premier. Villain, 26 ans, trois heures plus tard. Grièvement blessé, le sous-lieutenant Maudet, 33 ans, succombera dans les jours qui suivront.
En 1867, quittant le Mexique, la Légion se recueille à Camerone. Le général Jean-ningros, six fois blessé au feu, adresse un dernier adieu aux officiers et soldats morts au champ d'honneur. " Votre souvenir ne s'effacera plus de nos cœurs et, un jour, si la France et notre empereur avaient besoin de nous, nous saurions, comme vous, vaincre ou mourir. " Leur courage et leur ardeur ne suffiront pas... Trois ans plus tard, en 1870, la France déclare la guerre à la Prusse et envoie au combat spahis, chasseurs d'Afrique, zouaves, tirailleurs... Mais point de légionnaires : les Allemands représentent 20 % des effectifs ! Après la défaite de Reichshoffen, qui scelle, le 6 août 1870, le sort de l'Alsace et de la Lorraine, annexées par la Prusse, la France décide de lever un bataillon pour incorporer les volontaires européens qui souhaitent se battre. Ils recevront leur baptême du feu à Artenay, près d'Orléans. Mais leur courage et leur ardeur au combat ne suffiront pas.
L'armistice est signé le 26 janvier 1871.
Le 1er mars, les Prussiens entrent dans Paris. La Légion embarque à Toulon et rentre à Sidi Bel-Abbès où les Alsaciens et les Lorrains se pressent au bureau de recrutement.
1883, les légionnaires débarquent au Viêtnam. L'Indochine, enfin, où la Légion va perdre, de 1945 à 1954, plus de 10 000 hommes: 309 officiers, 1082 sous-officiers et 9092 caporaux et légionnaires. Patrick de Gmeline décrit avec force et émotion les grandes pages de l'aventure indochinoise de la
Légion : les crabes amphibies du 1er régiment étranger de cavalerie, les paras des 1er et 2e bataillons étrangers de parachutistes, Cao Bang, la sanglante RC4, et Diên Biên Phu...
Puis, avant d'évoquer les trente dernières années, du Tchad au Cambodge via le Zaïre et Kolwezi, l'auteur raconte l'Algérie avec un rappel à la mémoire du charismatique colonel Jeanpierre, chef de corps du 1er régiment étranger de parachutistes (le 1er Rep), mort à 46 ans, le 29 mai 1958, dans la chute de son hélicoptère abattu dans la région de Guelma. Il revient sur la semaine des barricades, le putsch des généraux, la rébellion du 1er REP conduit par Hélie Denoix de Saint Marc. La prison pour ces officiers de la révolte. La fin d'un monde.
Jean-Pax Méfret
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