L'expression artistique est souvent utilisée pour décrire des épisodes historiques. Romans, films, théâtre ont souvent abordé, avec plus ou moins de bonheur ; plus ou moins d'exactitude ; plus ou moins de subjectivité ou d'idéologie, des périodes de l'histoire de l'humanité ou des époques de notre passé national ; de la Gaule jusqu'au vingtième siècle. Fréquemment, les images ont servi d'appui pour vulgariser et simplifier une étude parfois fort complexe. Elles ont illustré des manuels par les reproductions de tableaux, pour les âges ancestraux, puis les photos ont accompagné les péripéties du vingtième principalement. Il a aussi existé depuis for longtemps, des condensés historiques sous forme de petits livres de bande dessinée qui permettaient de sensibiliser les jeunes esprits et ainsi tenter d'encrer dans les chères têtes blondes, les principaux acteurs en associant la chronologie et les lieux. Même si, bien sur, ces abrégés ne furent pas exempts de manipulation ou d'omission, ils ont, d'une certaine façon réussi à cimenter la mémoire d'un peuple, et donc son unité par l'adoption d'un passé commun.
Chaque pays a procédé de même pour magnifier son parcours à travers les âges. Très récemment une BD intitulée : " Les Pieds-Noirs à la mer " de Fred Neidhardt, a connu un succès semble-t-il énorme et des commentaires où le dithyrambe est unanime. Périodiques, et magazines sont conquis. Sincérité, réalisme, authenticité sont les termes les plus employés. " Fred Neidhardt explore le racisme ordinaire d'une famille pied-noir à Marseille. "
Sur fond de racisme ordinaire, décliné à la fois sur le thème : " des bougnoules qui nous ont foutu dehors ", avec un arrière-fond " d'inégalité des races "…
Marseille c'est un fief de pieds-noirs dont font partie ses grands-parents, des exclus d'Algérie qui, plus de vingt ans plus tard, sont toujours amers. Bref, ils sont racistes.
Le grand-père antisémite a épousé une Juive. La grand-mère Séfarade déteste les Algériens mais parle arabe depuis toujours. Daniel doit naviguer entre l'amour pour sa famille et un discours de haine qu'il réprouve. Une haine qui prend corps au cœur même de la famille : le cousin va se marier avec une Arabe !...
Sans une once de manichéisme mais avec une pointe d'humour, Fred Neidhardt dresse le portrait de "petits blancs" attachants mais tenant des propos ignobles. Enfermés dans le passé et leurs paradoxes…
A travers cette chronique familiale empreinte des événements passés de l'histoire contemporaine, Fred Neidhardt étudie, avec finesse et un zeste d'humour, l'exil des pieds-noirs d'Algérie, les rouages du racisme, ses contradictions, ses paradoxes, les poussant à l'extrême souvent jusqu'à l'absurde… J'arrête là les commentaires. On peut en trouver des dizaines de cet acabit et revoir les vidéos prises sur les plateaux de télévision. Même si dans une interview à " Paris Match ", le dessinateur admet que " les Pieds-Noirs ont été victime du racisme des français " et même si sa production fait état des déclarations de Gaston Deferre et indique les banderoles déployées par les dockers de Marseille, il ajoute :
Chacun jugera donc sur pièces. On me dira que c'est un cas particulier, mais il est ici implicitement généralisé. Tenter de moduler en évoquant la rudesse de l'accueil en France, et la douleur de l'exil, n'adoucit rien et n'excuse rien. Il donne à nos détracteurs, un élément supplémentaire à leur argumentaire. Et le lecteur pour qui ces évènements sont bien loin, aura ici l'image d'une communauté ségrégationniste, qui n'a obtenu que ce qu'elle méritait. Inutile de se dire victime de discriminations alors qu'elle porte en elle cette tare génétique.
La préface du livre, signée Joann Sfar indique : Puisqu'il s'agit d'histoire personnelle, la mienne en vaut bien d'autres. Dans bien d'autres familles il en était de même. Je ne veux pas dire que tous les " petits blancs " étaient des modèles de fraternité universelle ; comme partout, le peuple des européens d'Algérie avait ses racistes indécrottables : comme partout les sentiments se détériorent dans une période où les conflits et le terrorisme subis exacerbent les haines ; comme partout les injures verbales font surface lorsque la douleur devient insupportable. Cela n'excuse rien. Il en est malheureusement ainsi. Donner un exemple sans rendre les précautions élémentaires, instaure une généralisation malsaine qui mélange le bon grain et l'ivraie ad vitam aeternam. Le plus désolant c'est que les enfants et petits enfants de Pieds-Noirs vont s'empresser d'acheter cette BD, dédicacée si possible, convaincus par les sirènes médiatiques que ces visages animalisés sont la représentation de leurs " vieux ". Ils ne les aimaient déjà pas beaucoup, ils seront confortés dans leur méfiance et leurs reniements à leur égard. Dans l'atmosphère ambiante, ils se désolidariseront des anciens qu'ils suspecteront d'être les ferments du " racisme ordinaire ". Mon père me disait : " Ne regarde pas le visage, regarde l'homme ". Ce n'était pourtant ni un saint ni un naïf. Autant que possible, il a essayé d'appliquer ce précepte. Y a t-il toujours réussi, j'en doute. Ce n'était qu'un être humain.
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![]() Homophobe |
![]() Anti arabes |
![]() Anti arabes |
![]() Extrême Droite |
![]() Cette phrase est de Charles Trenet !!?? http://www.dailymotion.com/video/x17r4pp_ les-pieds-noir-a-la-mer-making-of-1_creation |
![]() Raciste |
Mis en ligne le 14 janvier 2014