COLONISATION DU SAHEL EN 1842
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La région du FAHS (Sahel d'Alger) était lors de la conquête très peu habitée. Les
Consulats d'Angleterre, de France, des Etats-Unis, de Belgique, entouraient le
Marabout de SIDI BEN NOUR au nord-ouest tandis que les consulats de Naples, de
Hollande, d'Espagne, de Suède et du Danemark s'éparpillaient à l'ouest et au sud-ouest
du fort Sultan Kalassi (Fort l'Empereur).
Quelques pauvres tribus (Zouavas, Beni-Messous, Bouzaréah) occupaient les terres
voisines des marabouts (SIDI KHALEF, SIDI BEN AKNOUN, SIDI BEN NOGAR) et
d'une ferme assez importante : Haouch DELY BRAHIM.
POINTE PESCADE et son petit port construit près du Bordj Mersa-ed-Duban (les trois forts).
GUYOTVILLE créée en 1844 sur l'emplacement du douar Aïn-Benian (fontaine des
constructions) prend le nom de Guyotville en 1845. (Le Comte Guyot était Directeur
de l'Intérieur de 1840 à 1848). De STAOUELI et SIDI-FERRUCH dont les noms évoquent, pour les plus âgés d'entre nous, les courses automobiles et les pique-niques mouna dans la forêt, nous nous rendons, par de petites routes charmantes, dans les villages du Sahel. Ces routes sont bordées de peupliers dans les ravins, de chênes zéens et de pins sur les hauteurs. CHERAGAS et sa traverse (ne disait-on pas : " aller à Alger par la traverse de Chéragas "). DELY-IBRAHIM, DRARIA, BASA-HASSEN, SAOULA et DOUERA qui fut, d'abord un important centre et camp militaire sur la route de BOUFARIK, et ensuite un centre pénitentiaire. Ce village a été conçu pour recevoir une population de 2.000 à 3.000 habitants, dans une enceinte fortifiée, sur un territoire de 1.200 hectares. MAHELMA, ZERALDA et ses plages de sable fin "Les sables d'Or". Franchissons le MAZAFRAN qui prend des airs de fleuve à son estuaire ; ses rives sont bordées de roseaux et de plantes aquatiques ; ça et là quelques petits marais formés par des barres de sable que la mer dépose lors des tempêtes qui l'agitent. Le village de DOUAOUDA-MARINE entouré de ses terrains couverts de cultures maraîchères (pommes de terre, tomates, chasselas) est dominé par le village de DOUAOUDA ; ce n'est plus qu'une succession de petites propriétés cultivées avec amour et un art consommé du maraîchage. FOUKA, premier village défensif construit en 1841 par le Génie Militaire, et son port de pêche FOUKA-MARINE qui était avec CASTIGLIONE la station estivale des Blidéens, tout comme DOUAOUDA-MARINE était le port et la plage des Boufarikois. COLEAH (la vertueuse, Blida étant la dissolue) a été fondée auprès du Marabout de la grande famille SIDI M'BAREK, en 1550, par le Pacha HOCEIN BEN KHEIRREDINE, et peuplée de Maures andalous. La colonisation s'est faite à compter de 1842. Nous avons retrouvé dans les archives familiales de mon épouse, le nom de Muller Joseph, décédé colon à Koléah en 1844. Ses enfants qui étaient en Alsace, sont venus en Algérie en 1870, fonder une famille à Boufarik d'abord, puis en 1873 à Haussonvillers. CASTIGLIONE - Ancien village de BOU-ISMAIL, centre de cultures maraîchères et de pêche, créé en 1849. Son dernier Maire, Monsieur ROQUE, en avait fait une jolie station balnéaire.
TEFESCHOUN, créé en 1848-49 pour recevoir des déportés politiques ; ses
annexes BOU-HAROUN et CHIFFALO (qui était un des principaux ports de pêche
artisanale) eurent pour premiers habitants des pêcheurs espagnols et italiens qui
vivaient dans des grottes. BERARD, autre petit port de plaisance célèbre pour la
beauté de ses côtes aux eaux limpides et transparentes dans lesquelles se
reflétaient les roches rouges et ocres des falaises et l'ombre verte des pins. Sur les
collines, les champs de vigne dont les pampres de couleurs différentes selon les
cépages, s'étalaient sur des dizaines d'hectares, laissaient cependant un assez vaste
CHERCHELL a été créée par un arrêté du Maréchal VALEE daté du 20 Septembre 1840 et prescrivant l'installation de 100 familles, chacune recevant une maison et 10 hectares de terre. A cette époque, les Domaines ayant concédé 118 maisons, la Direction de l'Intérieur procéda à la concession de 250 hectares qui furent partagés entre 124 colons, et entreprit l'exécution des voies de communication ; de plus des prescriptions pour la conservation des ruines qui jonchent le sol de l'ancienne JULIA CESAREE, et la remise à l'Administration des objets qu'elle peut receler, furent énoncés. MARENGO - Céée en 1848 sur la rive droite de l'oued Meurad (rivière des malades) prend le nom d'un Colonel, Directeur des colonies pénitentiaires, qui avait rendu de grands services à la colonisation. Le Directeur en fut le Capitaine DE MALGLAIVE. En 1849, 828 ouvriers sont installés ; l'administration leur fournit 185 chevaux ou mulets, 28 charrues, mais sans les accessoires. Ce fut une exploitation sous forme communautaire. La première année il y eut 292 morts dont 86 du choléra. Le coût de la création et de l'installation fut de 1 million de francs. BOURKIKA tire son nom de l'oued Bourkika (le père de la maigreur). C'est une colonie de déportés politiques qui s'étend sur 1.146 hectares. Les femmes et les jeunes filles méritent des félicitations : Elles travaillent autant que les hommes aux travaux de défrichement. Si les colons franc-comtois sont plus travailleurs que les parisiens, ils ne sont guère plus tempérants. Le dimanche au retour de la messe à Marengo ils sacrifient à Bacchus et s'en vont en " Ribotte ". AMEUR-EL-AIN était déjà occupée par des sujets suisses lorsqu'elle a été créée en 1848. J'ai trouvé dans les archives, un document indiquant qu'une concession avait été attribuée au sieur Germain, sujet belge dégagé de la Légion Etrangère, ainsi que la liste des principaux instruments aratoires et des denrées de première nécessité : 430 kgs de pommes de terre, de la farine, différents autres ingrédients. Devant l'hostilité manifestée par les Suisses, qui passent la plupart de leur temps à boire, Germain dut quitter la région et partir à Philippeville où il a obtenu une autre concession. En 1852, 7 familles alsaciennes et 11 familles de francs-comtois sont établies. Au total, 50 ou 60 familles disposaient d'une superficie de 1.500 à 1.600 hectares. EL-AFFROUN, du nom des 2 collines qui surplombent le village, est créée ainsi que BOU-ROUMI. MOUZAIAVILLE auprès de laquelle furent retrouvées les ruines d'un important camp romain dont l'enceinte fut reconstruite sous l'Empereur Constance. Le village de colonisation fut créé en 1845 et prévu pour 60 familles. En un premier temps il y avait 7 colons seulement ; en 1848, 72 personnes et l'année suivante 350 vivaient dans des baraques en planches recouvertes de chaumes. Ce village fut entièrement détruit lors du tremblement de terre de 1867 qui tua 44 personnes. La cloche de l'église se trouve à la nouvelle église Sainte-Bernadette d'Anglet près de Bayonne. LA CHIFFA est créée à la même époque et reçoit 50 familles. Certaines grosses fermes existaient déjà, servant de relais à l'armée française, lors des expéditions dans le Titteri. Les Gorges de La Chiffa sont belles et pittoresques, en particulier, entre SIDI-MADANI et CAMP-DES-CHENES. La grotte des singes où le Lieutenant Gérard, le tueur de lions, se mettait à l'affût, a été très abîmée par les travaux d'élargissement de la route, et c'est sans aucun doute bien dommage, d'après la description qu'en fait Léonor Viollet : " Les eaux qui tombent sur le sol forment encore des dépôts, il en résulte des protubérances, et que la base est hérissée, fort inégale. Les dépôts occasionnés par les suintements continus, sont en forme de draperies ondulées, festonnées et plissées de toutes les manières ; on peut voir encore là, toutefois l'œuvre de l'admirable nature, toujours grande, riche et belle. La grotte des singes est un but de visite superbe. Une multitude de touristes, et même des têtes couronnées en sont sorties émerveillées. Je le suis, moi, en présence des magnifiques colonnes, des plantes, des statues d'animaux, de l'architecture corinthienne, en un mot des beautés qui s'offrent à ma vue ".
Le RUISSEAU DES SINGES fut pendant longtemps une halte pour les diligences se
rendant à MEDEAH, puis une auberge réputée. Son attrait principal : les singes mi sauvages,
mais surtout voleurs et fort adroits dans cette pratique. Des tentatives de
culture du quinquina ont été faites, sur les petits plateaux qui dominent l'auberge.
Lors de randonnées pédestres que nous faisions dans le Tamesguida de Mouzaïa,
nous traversions des zones habitées uniquement par des tribus de singes dont le
comportement ressemblait assez à celui des hommes : tribus gardées par des vieux
mâles criant et menaçant pour nous écarter, et, quand cela ne suffisait pas, jets de
cailloux. Il paraît que pendant un temps, ces populations étaient si nombreuses
qu'elles ravageaient les jardins dans la Mitidja. Près de l'endroit le plus resserré de
ces gorges, le Chabet AZRIZILENE mêle ses eaux à l'oued CHIFFA, en une série de
cascatelles, d'une hauteur d'environ 100 mètres. Nous continuons notre périple dans la plaine en passant par JOINVILLE créé le 5 juillet 1843 dans l'enceinte du Camp Supérieur, et qui prit le nom du Prince de Joinville. 49 lots sur 432 hectares. En 1844-45, 50 maisons sont construites et habitées par 132 personnes. MONTPENSIER, créée à la même date, dans l'enceinte du Camp Inférieur, auquel on donne le nom du Prince de Montpensier. 20 familles sont installées sur 240 hectares. Le tout revient, travaux de fortifications compris, à 13.000 francs. 8 colons s'installent la première année. En 1844 on y comptait 79 personnes. Sur le territoire des Ouleds-Yaïch, un village est créé, auquel est donné le nom du Ministre de la Guerre, DALMATIE. 50 familles sont installées sur 708 hectares. En 1845 on y comptait 700 habitants.
BENI-MERED - Village défensif créé en 1841 par le Génie Militaire pour recevoir des
militaires libérés, et contribuer à la garde de l'obstacle continu dont les travaux viennent de commencer. Cet obstacle qui n'était en réalité qu'un fossé assez profond
pour contenir les ardeurs belliqueuses des Hadjoutes, s'est avéré, par la suite, peu
efficace. En 1842 on note l'installation d'une famille de 11 personnes. Sous la
conduite de M. de Montagny, Capitaine au 48ème de Ligne, 66 soldats sont installés,
pour tenter une expérience communautaire, idées très à la mode en ce temps-là. Le
Maréchel BUGEAUD DE LA PICONNERIE, Duc d'Isly, fait distribuer : 11 paires de
boeufs de labour, 1 jument, 1 poulain, 55 bœufs, vaches, taureaux, 90 brebis et
béliers, 4 chèvres, 13 agneaux. Les hommes devaient travailler 5 jours par semaine,
et constituer un avoir collectif.
SOUMA - Créé en 1845. Sur 130 demandes de concession, 34 seulement furent retenues et choisies avec le plus grand soin. Tous originaires de France et ayant un capital de départ de 10.000 à 40.000 francs chacun, ce qui, pour l'époque, devait être considérable, quand on saura que la construction du village n'a coûté que 48.000 francs. Nous suivons le piémont et traversons la forêt de BAHLI sur le domaine CHIRIS. Les Blidéens qui possédaient ou louait une voiture venaient faire la
mouna au milieu des eucalyptus et des oliviers. Ceux qui n'avaient pas de véhicule
allaient de préférence à CAMP-DES-CHENES où le train pris à Blida, les déposait.
ROVIGO - Créée en 1846. Nom choisi par le Maréchal SOULT. Construite au débouché de l'oued Harrach, sur la plaine. 131 concessionnaires reçoivent 6 hectares chacun.
Sur la rive droite de l'oued Djemaa, à l'emplacement d'un camp militaire, et marché
important le mercredi, d'où son nom l'ARBA. Avant la création du village, plusieurs
colons s'étaient installés dans cette région, autour du camp militaire, sur le territoire
des Beni-Moussa, près duquel le colon Pirette soutint le 9 décembre 1839, une
héroïque défense contre un millier d'Arabes qui attaquaient sa ferme. Devant
l'invasion dévastatrice de l'Emir ABD-EL-KADER, les familles De TONNAC, CLAVE,
De LAPEYRIERE, DESCROIZILLES, De SAINT-GUILHEM, MONTAGNE, TOBLER,
MERCIER, furent contraintes, par l'Armée, d'abandonner leurs terres et leurs biens
en 1839. Aux archives d'Aix, j'ai retrouvé quelques images d'un feuilleton intitulé : FONDOUCK - Créée en 1845 sur l'oued Hamiz, où fut construit l'un des premiers barrages importants. Bien plus tard, entre 1930 et 1955, de nombreuses régates se déroulaient sur ce plan d'eau, attirant beaucoup de monde.
MAISON-BLANCHE - Créée en 1851. Nom d'une cabane en planches, blanchie à
la chaux, qui servait de relais pour les voitures se rendant à PALESTRO ; peuplée
exclusivement de commerçants, aubergistes, épiciers, charrons, bourreliers auxquels
on concéda 15 petits lots de chaque côté de la route de FONDOUCK à MAISONCARREE.
MAISON-CARREE fut un village de création spontanée, des commerçants
et des débitants de boissons, ainsi que des prostituées s'étant installées autour du
bordj et du blockhaus où étaient cantonnées les troupes. La ville est construite sur le
terrain de Haouch BACHA, qui aurait été la ville de SASA, ville très importante, de
plus de 3.000 habitants, détruite par les Lybiens avant l'occupation romaine, d'après
l'historien MARMOL. BIRKADEM - Créée en 1842 comme centre agricole et colonie pénitentiaire. BIRTOUTA - Créée par des commerçants et des ouvriers attirés par les avantages que leur offre la présence du blockhaus n° 4, fréquenté par les rouliers et les diligences. Sa création en 1851 par attribution de 379 hectares à 28 familles n'a rien coûté à l'Etat. LES QUATRE-CHEMINS - Centre de colonisation libre, concédé à la Compagnie Algérienne de Colonisation, et nous voici à BOUFARIK où va se terminer notre voyage dans la Mitidja.
BOUFARIK - (Le père du Froment, d'après le Colonel Trumelet). A l'origine, un vieux
puits sur le souk El-t'nin, territoire des Beni-Khelil ; à 400 mètres environ, une
blanche koubba dédiée à Sidi Abd-El-Kader El-Djilani, l'un des plus grands saints de
l'Islam, quatre vieux trembles creux complétaient la physionomie de cette zone
désolée.
Il y avait dans la Mitidja et sur le Sahel 68 petites villes ou villages. Je n'en ai cité que
la moitié environ. DATE DES DIFFERENTS DECRETS CREANT LES VILLAGES DE COLONISATION DANS LE SAHEL ET LA MITIDJA
30 Octobre 1830 : http://jean.salvano.perso.sfr.fr/Blida/Darnatigues.pdf |
Mis en ligne le 17 janv 2011